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DES CLÉS DU MOYEN-ORIENT



Entretien avec …

Entretien avec Tewfick Aclimandos – La situation politique et économique en Egypte

Où en est la lutte contre le terrorisme en Égypte ?

La situation est assez délicate, mais le régime n’est pas en danger. L’Egypte a un problème « de terrorisme », au Nord du Sinaï, un autre avec les frontières libyenne et soudanaise, et bien sûr un problème dans la vallée. Au Nord du Sinaï, la mouvance jihadiste essuie de très sérieuses pertes, mais demeure capable de diversifier ses actions (snipers, explosifs improvisés, assassinat de Coptes et de bédouins ralliés au régime, opérations militaires coup de poing contre des check points ou des établissements, mobilisant des dizaines de jihadistes) et surtout de renouveler ses effectifs, qui sont essentiellement originaires de la péninsule. Le recrutement ne s’effectue plus sur des bases idéologiques : un frère vient venger son frère tué, rejoint l’organisation, et devient jihadiste.

La mouvance tente périodiquement d’élargir le front, d’intervenir ailleurs que dans le triangle Rafah-al Arish-Shaykh Zuwayd. L’armée, elle, sait mieux réagir quand elle est attaquée, multiplie les opérations réussies pour détruire les caches d’armes, les bases de repli, etc. Ses tentatives de « gagner les cœurs » afin de priver les jihadistes d’un éventuel appui local sont efficaces dans des régions du Sinaï, et pas du tout dans d’autres. Le pouvoir multiplie les carottes et les bâtons à l’égard du Hamas, afin que Gaza cesse d’être une base de repli des jihadistes et un centre d’approvisionnement en armes. Pour le moment, les résultats ne sont pas là : la « saignée », les pertes d’hommes et de matériel, sont quasi quotidiennes. La menace est moins grave, mais elle s’est pour ainsi dire « installée ». Le problème de collecte d’informations est moins aigu qu’auparavant, mais il n’a pas été réglé, malgré quelques succès partiels et la capture de militants.

Dans la vallée, les attentats mortels sont nettement moins fréquents mais ils sont néanmoins réguliers. Là les groupes qui les commettent sont souvent affiliés aux Frères musulmans, mais certains sont jihadistes ou mixtes. Ils ciblent policiers et Eglises. Mais ils sont, en un sens, contre productifs, car l’hostilité de la majorité de la population, déjà très forte, s’accroît.

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Tewfic Aclimandos est politologue et historien égyptien. Docteur d’Etat de l’IEP de Paris, (thèse sur les officiers activistes de l’armée égyptienne : 1936/54). Chercheur ou chercheur associé au CEDEJ de septembre 1984 à août 2009, il est au collège de France depuis octobre 2009. Ses travaux portent sur l’histoire de l’Egypte depuis le traité de 1936, notamment sur le mouvement des Officiers libres, Nasser (biographie en préparation), l’armée égyptienne, les Frères musulmans et la politique étrangère de l’Egypte.

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Histoire

Ibn Saoud et la Grande-Bretagne : l’accord de Dhahran de décembre 1915 (1/4), par Yves Brillet

Ibn Saoud, la Grande-Bretagne et l’accord de Dahran constitue le prolongement des deux études publiées en juin 2017 dans Les Clés du Moyen-Orient portant sur les rapports entre Ibn Saoud et les autorités britanniques au cours des dix années précédant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
A la veille du conflit, les relations entre Londres, Constantinople et Riad étaient définies par la convention anglo-turque de 1913 d’une part et par l’accord du 15 mai 1914 entre la Turquie et Ibn Saoud d’autre part.
Après avoir vainement tenté de dissuader la Turquie de se ranger aux côtés de l’Allemagne, la Grande-Bretagne va devoir orienter son action militaire et diplomatique par l’envoi d’un corps expéditionnaire dans le Golfe, afin d’y conforter sa situation stratégique.

L’objet de la présente étude est d’apporter quelques éléments permettant d’envisager l’élaboration de l’action de la Grande-Bretagne en direction d’Ibn Saoud dans le contexte global de ses opérations diplomatiques, dans un premier temps, puis militaires, à l’encontre de la Turquie.
On abordera successivement la question des garanties collectives offertes par la Grande-Bretagne aux acteurs locaux pour les inciter à soutenir son effort de guerre avant d’étudier de manière plus détaillée comment Ibn Saoud parvient à se saisir de la négociation d’un accord pour consolider sa position institutionnelle.

La situation d’Ibn Saoud à l’été 1914

Au début de l’été 1914, les relations entre la Turquie et Ibn Saoud étaient déterminées par l’accord signé le 15 mai 1914 avec le gouvernement ottoman représenté par le Vali de Bassora. Selon les termes de cet accord, dont une copie fut découverte par les troupes du corps expéditionnaire britannique après la prise de la ville de Bassora, Ibn Saoud était confirmé à vie dans la qualité et les fonctions de Vali pour la province du Nedjd ; ses descendants étaient amenés à lui succéder après la proclamation d’un firman impérial. Les articles 3 et 4 stipulaient la nomination par Ibn Saoud d’un résident turc ainsi que la présence auprès de lui d’instructeurs militaires et le stationnement d’un contingent de gendarmerie dans les ports du Nedjd. Ibn Saoud s’engageait à arborer les couleurs ottomanes sur les bâtiments officiels (article 7), à ne pas entretenir de relations avec des puissances étrangères et à correspondre directement et exclusivement avec les ministres de l’Intérieur et de la Marine. L’article 12 exigeait qu’il apporte un soutien militaire au gouvernement, à la mesure de ses capacités, en cas de troubles intérieurs ou d’agression par une puissance extérieure (1).

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Yves Brillet est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Saint Cloud, agrégé d’Anglais et docteur en études anglophones. Sa thèse, sous la direction de Jean- François Gournay (Lille 3), a porté sur L’élaboration de la politique étrangère britannique au Proche et Moyen-Orient à la fin du XIX siècle et au début du XXème.
Il a obtenu la qualification aux fonctions de Maître de Conférence, CNU 11 section, a été membre du Jury du CAPES d’anglais (2004-2007).

Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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