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Entretien

Entretien avec Leïla Seurat - Les conséquences sur la réconciliation Palestinienne de la décision de Donald Trump de faire de Jérusalem la capitale d’Israël

Suite à la décision du président Trump de faire de Jérusalem la capitale d’Israël, le Hamas a appelé à une nouvelle intifada. Pensez-vous que les Palestiniens sont en position de mener une nouvelle révolte de ce type ?

La question du soulèvement dans ce débat est un peu secondaire. Les Palestiniens n’ont effectivement pas les moyens de faire basculer une situation qui leur est complètement défavorable. Je serais plutôt pour la remise en cause de la chronologie que l’on fait habituellement de ce type d’événements. L’irruption d’une « nouvelle intifada » est une question qui se pose chaque fois que l’on voit des Palestiniens se mobiliser. Aujourd’hui, au regard de la continuité de la mobilisation, il s’agirait peut-être de la renverser, et de se demander si cette intifada n’a pas déjà commencé en 2015, voire en 2014, puisque les soulèvements à Jérusalem sont antérieurs à l’« intifada des couteaux » et à la première attaque porte de Damas. Jérusalem s’est aussi imposée comme centre névralgique de la contestation à l’été 2017 au moment de l’installation de portiques à l’entrée de l’esplanade des mosquées.

Quel peut être l’impact de la décision du président Trump sur le mouvement de réconciliation entre le Hamas et le Fatah ?

Il est effectivement plus intéressant de s’interroger sur la coïncidence chronologique entre l’annonce de Donald Trump et l’échec de la réconciliation palestinienne qui est avant tout le signe d’un refus américain et israélien au rapprochement inter-palestinien. Si la dernière réconciliation palestinienne de juin 2014 sanctifiée par l’accord d’al Shati avait été brutalement interrompue par l’opération militaire israélienne « Bordure protectrice », l’accord du Caire signé entre le Fatah et le Hamas le 12 octobre 2017 est désormais menacé par l’annonce de Donald Trump.

Déjà fragilisé par le refus de Mahmoud Abbas de payer au 1er décembre le salaire des fonctionnaires du Hamas comme convenu dans l’accord, la perspective du retour de l’Autorité palestinienne à Gaza s’éloigne peu à peu. Toutefois, il est clair que si Abbas n’a toujours pas payé les salaires ni levé les sanctions contre Gaza, ce n’est pas parce qu’il ne veut pas le faire, mais parce qu’il est soumis à des pressions extérieures israéliennes et américaines trop fortes. Les désaccords entre Palestiniens ne sauraient donc se comprendre sans la prise en compte de ces pressions externes qui pèsent sur la présidence palestinienne. Les menaces de fermeture du bureau de l’OLP à Washington lors de la dernière visite du Président Abbas le confirment.

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Leila Seurat est docteur en science politique (Sciences Po Paris) et chercheur associée au CERI (Centre de Recherches Internationales). Elle est notamment l’auteure de Le Hamas et le monde, paru en 2015 aux éditions du CNRS.

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Entretien

Entretien avec Vincent Lemire – Retour sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump

Pourquoi Donald Trump a-t-il décidé de reconnaitre Jérusalem comme la capitale d’Israël ?

Le Président américain est avant tout mobilisé par son agenda électoral. Donald Trump est en train de cocher ses promesses les unes après les autres, et la reconnaissance de Jérusalem est une de ses promesses emblématiques. Il s’adresse en priorité à son électorat évangéliste, qui est fortement pro-israélien. Contrairement à ce qu’on pense parfois, ce n’est pas l’électorat juif qui est visé. Les juifs américains votent à 80% démocrate. En revanche, nombre de protestants évangélistes considèrent que l’existence d’Israël est la condition préalable au retour du Messie. En France, on ne mesure pas l’importance structurante de cette idéologie, qui nous semble absurde car elle semble échapper à toute rationalité. Mais les évangélistes américains ont pourtant une vraie influence sur la politique étrangère de Donald Trump.

Cette déclaration coïncide aussi avec l’agenda électoral israélien. En 1995, le Congrès américain avait voté le Jerusalem Embassy Act, qui prévoit le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Mais depuis l’adoption de cette loi, les présidents américains en ont systématiquement reporté l’application concrète, en signant une dérogation tous les six mois. Les gouvernements israéliens successifs n’ont pas toujours été favorables à ce déménagement. Pour les Israéliens, le Jerusalem Embassy Act pouvait nuire aux négociations avec les Palestiniens, ou encore créer un climat d’insécurité à Jérusalem. Quand Donlad Trump s’était rendu en Israël il y a 6 mois, l’armée et les services secrets israéliens s’étaient montrés plutôt réservés sur l’annonce immédiate d’un déménagement. Mais depuis, Netanyahou s’est gravement affaibli sur la scène politique israélienne, et il avait besoin de cette décision symbolique pour se réaffirmer. Durant l’été 2017, la crise des portiques à l’entrée de la Mosquée Al Aqsa a été catastrophique pour son image. Netanyahou, qui voulait mettre en place des portiques de sécurité et des caméras à l’entrée de l’esplanade des mosquées, a dû capituler en rase campagne face à une mobilisation populaire palestinienne extrêmement puissante et déterminée. Suite à ces événements, il a été fortement critiqué par la droite israélienne. Par ailleurs, tout comme Donald Trump, Netanyahou est cerné par les affaires de corruption. La déclaration de Donald Trump apparaît donc à la fois comme un succès politique pour le Premier ministre israélien, mais elle lui permet aussi de placer au second plan les affaires de corruption qui entachent son image.

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Historien, né en 1973 à Paris, il travaille sur l’histoire de Jérusalem depuis 1997. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Fontenay / Saint-Cloud (1994-1999), agrégé d’histoire (1998) et docteur en histoire contemporaine (2006), en délégation CNRS au CRFJ à Jérusalem entre 2012 et 2014. Il est actuellement maître de conférences à l’Université Paris-Est / Marne-la-Vallée et directeur du projet européen (ERC) open-Jerusalem (« Opening Jerusalem’archives, for a connected history of ‘Citadinité’ in the Holy City (1840-1940) ») consacré à l’ouverture et à l’interconnexion des archives sur l’histoire contemporaine de Jérusalem.
Il a notamment publié Jérusalem 1900, la ville-sainte à l’âge des possibles (Armand Colin 2012, Prix Augustin Thierry 2013, rééd. Points-Seuil 2016) ; il a récemment dirigé Jérusalem. Histoire d’une ville-monde (Champs-Flammarion, 2016, Prix Pierre Lafue 2017) et Le Moyen-Orient de 1876 à 1980 (Armand-Colin 2016).
Ses travaux portent sur Jérusalem et le Proche-Orient contemporain, l’histoire environnementale et l’histoire du patrimoine.

Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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